Matriarcat Lébou : une société islamique qui conserve la position déterminante des femmes

  • Source: : Webnews | Le 03 octobre, 2016 à 17:10:39 | Lu 4508 fois | 3 Commentaires
content_image

Matriarcat Lébou : une société islamique qui conserve la position déterminante des femmes

Les Lébous constituent une communauté au Sénégal. Traditionnellement pêcheurs mais aussi agriculteurs, ils sont concentrés dans la presqu’île du Cap-Vert (Dakar) qu’ils occupaient à l’arrivée des premiers colons dans la région. Ils parlent la langue wolof deswolofs, qui contrairement à ce qui est admis, n’est pas le dialecte initial de ces derniers. La langue wolof était en fait à l’origine la langue des lébous. Ils ont été les haut-parleurs d’origine du wolof. Ils sont désormais majoritairement musulmans, mais ont conservé des pratiques issues de leur religion traditionnelle.

Les mères fondatrices d’un peuple

Selon une certaine tradition orale, c’est en 1432 que quatre familles lébous toutes dirigées par des femmes (puisque la société Lébou était aux origines matrilinéaire) Djiguilane SAMB, Alima FALL, Diaté NDIAGUE et Sine DIOP ; ont pour la première fois quitté le Djolof pour la presqu’île du cap vert. Les premières vagues à arriver sur la presqu’île ont dû livrer bataille à des communautés Socé venues du royaume de Dialao (actuel village de Toubab Dialao) et installées à l’emplacement actuel du state Léopold S. Senghor ; c’est la célèbre bataille de « Pikine » que tous ceux qui connaissent l’histoire de l’implantation des Lébou au Cap Vert connaissent. On trouvait au Kadior des princes, des nobles, des roturiers, des gens de caste et des esclaves. Au-dessus de ces classes se place la famille royale (FALL); elle est divisée en deux branches: la branche Madior et la branche Guedj. La première est dépossédée de la tutelle du trône depuis le milieu du XVIIIe siècle. La royauté se transmet par succession matrilinéaire (ce qui accorde un poids incommensurable aux femmes dans la vie politique).

L’islam abolit la filiation maternelle d’oncle à neveu

Au sein de la société lébou, les liens de parenté se transmettent de manière matrilinéaire. C’est ce qui expliquait que les neveux habitaient chez leur oncle et héritaient à la mort de celui-ci au détriment de ses fils et ceci jusqu’à l’avènement de l’Islam. Les 12 lignées matrilinéaires se répartissent les 4 fonctions de représentation, à raison de 3 lignées par fonction. L’organisation sociale repose également sur les kheets qui sont des lignées matrilinéaires permettant une organisation sociale et une représentativité dans les instances dirigeantes de la collectivité. Les principaux kheets qui forment la communauté lébou de Yoff sont au nombre de douze (Waner, khonkh bopp, Deungagne,Dorobé, Diassirato, Dindir, Begne, Khaagaane, Yuur, Khaye, Sumbar et Yokam). Chaque kheet est liée à un Rap ou génie protecteur.

Une société anarchiste matrilinéaire

Chez les lébous, la notion de président de la république ou chef est inconnue. Les 12 lignées matrilinéaires se partageant équitablement les 4 fonctions traditionnelles : jaraaf, ndéye dji rew, saltigué, ndéyi diambour. La démocratie ne fonctionne pas sur un modèle à l’occidentale. Car, ceux qui sont investis des fonctions traditionnelles ne sont en fait que des émissaires. En effet Les véritables responsables de la communauté sont ceux des Kheet et ne se mettent jamais publiquement en première ligne; ils sont généralement dans les concessions, l’essentiel étant que leur volonté censée être celle des familles soit respectée. Les anciens sont les véritables kilifas, tel est le mode fonctionnement en milieu lébou. Pour être investi de responsabilité, sinon même avoir droit à la parole publiquement, il faut appartenir une lignée matrilinéaire. Les lébous ont toujours eu une république conforme à leur coutume et vécu en démocratie.

Un matrilignage persistant sous une islamisation récente

L’Islam ne s’est implantée de façon durable au Cap-Vert que pendant la deuxième moitié du dix neuvième siècle. Les populations lébous ont accepté l’Islam et ont changé certains comportements. Ainsi l’héritage matrilinéaire a été supprimé sauf en ce qui concerne l’élection aux postes de Jaraaf, Ndey-ji-Rew ou Saltigué. Le JARAAF est le chef du gouvernement qui définit la politique extérieure et se porte garant des institutions. Ensuite vient le NDEY-JI-REW (littéralement Mère de la nation) qui est assimilé à un ministre de l’intérieur et à un degré moindre il joue le rôle d’un maire. Enfin vient le SALTIGUE qui est le ministre de la défense, du culte, des terres, de la mer. Ces trois membres du Collège exécutif sont choisis au sein des principales lignées matrilinéaires les douze différentes grandes familles ou KHEET qui composent le village, dans un souci d’équité et de contrôle réciproque des instances.

La place déterminante des femmes dans l’organisation sociale et les processus de décision

Même s’il est vrai que la société Lébou n’est plus vraiment une société matrilinéaire comme cela était le cas à ses origines ; il reste que la place et le rôle des femmes dans l’organisation sociale de même que dans les processus de prise de décision demeurent, aujourd’hui encore, très déterminants à NGOR. Celles-ci jouent en effet des rôles de premier ordre. Il faut comprendre qu’à côté des structures traditionnelles de régulation ou pôles d’autorité, existent des organisations féminines traditionnelles (Mbotaay) très influentes et presque incontournables dans les processus de prise de décision. Parallèlement, le mouvement associatif féminin « moderne » est aussi très actif et influent à NGOR. Les organisations féminines professionnelles ou d’auto promotion sont effectivement très impliquées dans le développement et la promotion de la commune d’arrondissement. Nous le verrons ainsi en analysant, par exemple, certains secteurs de la vie économique et associative de la commune d’arrondissement.

Les femmes possèdent les petits commerces

Ce sont généralement les femmes, épouses ou parentes des pêcheurs, qui assurent le commerce de détail. En 1991, l’enquête monographique de Yoff dénombrait 420 détaillantes sur la plage de Yoff. Faute de moyens de transport adéquats, les marchés desservis sont les plus proches : Yoff, Ouakam, Parcelles Assainies pour celles qui ne vendent que sur la plage. C’est un métier qui a connu une régression du fait des mareyeurs.

Une religion de prêtresses

Les traditions restent vives dans la communauté lébous. Conformément à la tradition spirituelle, certaines maladies mentales continuent d’être traitées chez les Lébous par des cérémonies rituelles de guérison, telles que le Ndëp, ou Ndeup. La cérémonie du Ndëp possède une corporation de prêtresses spécialisées, appelées Ndëpkat, le plus souvent il s’agit de femmes. Seuls les initiés prêtres et prêtresses avait accès aux Xamp(lieux de culte).


Auteur: Matricien - Webnews

Articles similaires






1 - Soyez courtois. N'envoyez pas de message ayant un ton agressif ou insultant.
2 - N'envoyez pas de message inutile.
Attaques personnelles. Vous pouvez critiquer une idée, mais pas d'attaques personnelles SVP. Ceci inclut tout message à contenu diffamatoire, vulgaire, violent, ne respectant pas la vie privée ou en violation avec la loi.
Ne devoilez pas
les informations privées de qui que ce soit ( adresses, etc... ).
de tels messages seront supprimés et leurs auteurs bannis des commentaires.

3 - Pas de publicité. Ce forum n'est pas un espace publicitaire!.
4 - Pas de majuscules. Tout message inscrit entièrement en majuscule sera supprimé.
5 - Lisez la politique de gestion des commentaires de Seneweb
6 - Les auteurs de commentaires repetés (pollueurs) verront tous leurs commentaires á travers le site tout simplement retirés en un seul coup

Commentaire (2)


Anonyme En Octobre, 2016 (18:35 PM) 0 FansN°: 1
c est archi-faux.....les lebous constituent la communaute de tous ceux qui ont fui le kadior sous la pression des roitelets sanguinaires........Arretez de nous enfumer avec des leurres....les lebous etaient dans l agriculture et dans la peche et les gens disaient: ma gui dem ci lebou gua....et le nom est reste....

Silence
Mbaye En Octobre, 2016 (21:00 PM) 0 FansN°: 1
a anonyme qui ne veut pas donner son pseudo: si on ne connait l'histoire des lébous, on se tait.
Deug En Octobre, 2016 (01:47 AM) 0 FansN°: 2
EN tout cas mann deh , j'estime beaucoup les lebous a cause de leur loyaute a leurs ancetres.contrairement aux autres qui ont coupe les liens depuis 1000 et quelques annees. ceux la sont perdus pour toujours , a moins qu'ils retournent a la tradition de leurs ancetres .

Commentez cet article

Auteur

Commentaire :

Service Commercial

Senegal : +221 33 864 65 71    |    Usa, Canada, Europe : +1 703 348 7306    | +1 703 395 86 48   Email : pub@seneweb.com

Rédaction

Email : redaction@seneweb.com